Comprendre l'UX Design #2 - les profils mixtes UX/UI

écrit par sayuli.casenove publié le jeudi 21 mars 2019

Si vous avez loupé l'article précédent de cette série, je vous invite à le lire : Comprendre l’UX design #1 – UX/UI/CX : différents métiers

Le contexte

Nous l'avons vu dans l'article précédent, l'UI et l'UX sont des métiers foncièrement différents qui nécessitent des aptitudes totalement opposées.

Schéma des heuristiques, critères ergonomiques de Bastien et Scapin Les critères ergonomiques de Bastien et Scapin

Les origines du design d'expérience

Il faut se rappeler que les premières notions d’UX design proviennent de l’usine Toyota où les premiers tests utilisateur valorisant l’humain font surface. En 1988, les recherches établies par Donald Norman, psychologue cognitiviste américain, donnent lieu à un premier ouvrage fondateur de l’UX-Design : “The Design of everyday things”. C’est dans ce livre qu’il popularise le concept de “design centré utilisateur”. Donald Norman est également le co-créateur de l'agence Nielsen/Norman ayant rédigé les 10 Heuristiques, principes les plus utilisés encore aujourd'hui pour réaliser des interfaces. En France quelques années plus tard, Bastien et Scapin, chercheurs en psychologie ergonomique et en ergonomie cognitive s’intéressent aux Interfaces Homme-Machine (IHM) et leurs heuristiques. Leurs recherches parues en 1993, sont devenues des références en matière de conception d’écrans centrés utilisateurs. Le métier d’UX designer prend donc naissance plus du côté de la psychologie et de l'ergonomie cognitive. Il est bien plus conceptuel et analytique que celui d’UI designer qui sera plus créatif et émotionnel. Mais alors comment combiner ces deux métiers ?

L'évolution des besoins des entreprises

La France a connu une période de "crise" qui a touché tous les secteurs. Ce facteur a été impactant dans la conception du profil mixte car les entreprises ne pouvaient pas se permettre d'embaucher trop de personnels. Chaque employé devait avoir une polyvalence importante. Aujourd'hui, alors que cette crise est bien passée dans le domaine informatique, le phénomène startup favorise encore les profils "couteau-suisse". Ce genre de mentalité amène à une croyance qu'une personne seule peut remplir le travail de 2-3 spécialistes. Leur objectif ? Obtenir un résultat peu coûteux sur du court terme. De plus en plus d'entreprises sont conscientes du ROI potentiel d'une intervention design en amont des projets même si elles ne sont pas toutes encore prêtes à investir dedans. Manque de temps, manque de budget, autant de facteurs qui rendent difficile de se spécialiser dans un domaine.

Les attentes face aux réalités

Ce qu'on attend d'un UX/UI designer est d'assurer la conceptualisation d'applications web/mobiles jusqu'à la mise à disposition de livrables graphiques prêt à l'emploi pour le développement. L'erreur la plus fréquente est finalement de penser que si une seule personne réalise l'intégralité de ces tâches alors on va gagner du temps et on sera plus efficace. Il est en réalité assez rare qu’une seule et même personne puisse combiner réellement les deux casquettes. Elle peut assurer un minimum de savoir-faire sur une partie mais aura forcément une dominante.

Une majeure une mineure

Le designer propose de s'occuper de tout. Le positif Pour le designer, la diversité des tâches va être intéressante. En effet, il va pouvoir changer de réflexion, de questionnements, d'activité en passant d'un objectif à un autre. Pour l'entreprise, il y aura un gain financier à court terme. Le négatif La designer va devoir mettre en œuvre un ensemble de compétences différentes. Cela peut être fatigant de devoir se tenir à jour sur trop de sujets différents. Pour l'entreprise, le gain sera moyen car la qualité du travail sera moyenne partout. Le designer est spécialisé Le positif Le designer privilégie l'approfondissement du travail. Il peut s'épanouir plus dans son métier et proposer des solutions plus poussées car il en a le temps. Le négatif Le coût pour l'entreprise n'est pas négligeable. Faire appel à un spécialiste a forcément un coup immédiat mais c'est un investissement sur le long terme. Cela lui demande également de trouver des personnes compétentes dans les domaines autres que sa spécialité. Le designer assure une majeure et une mineure Le positif Un designer peut avoir des compétences variées tout en ayant un domaine de spécialité. Il est important alors de clarifier ce cadre afin de démontrer quel domaine il peut approfondir et les limites de son intervention. Cette transparence est positive pour les deux parties car le designer pourra apprécier de varier son travail tout en ne donnant pas de faux espoirs à l'entreprise quant aux résultats des domaines annexes. Le négatif Ce type de profil est souvent utilisé par des designers par encore assez qualifiés pour être senior et donc spécialisé dans un domaine. Malgré sa majeure, le travail ne sera jamais aussi poussé que par un spécialiste qui aura le temps de s'investir à 100%. J'ai moi-même opté, pour le moment, pour la troisième solution. Je suis UX/UI designer. Les offres de projets qui me sont proposées sont rarement du design d'expérience pur mais les clients sont la plupart du temps des entreprises ayant des besoins internes où la plus-value UI est faible. J'accepte donc de m'occuper du design UI : je refuse tout projet ayant un besoin UI pour du BtoC par exemple qui dépasserait de loin mes compétences.

Conclusion

Les profils mixtes existent bien mais les limites de leurs interventions sont souvent mal comprises. Les attentes sont floues et pour éviter les frustrations, il est important de rappeler à tous nos périmètres d'action. Deux UX/UI designers peuvent avoir des capacités différentes, des majeures différentes ; ils ne sont pas spécialisés dans les deux domaines à 100%. Dans un prochain article, nous verrons plus en détail le métier d'UX designer. Quelles sont ses tâches, à quelles problématiques son travail répond-il ?

Sources